Ma bibliothèque du bord

 

« Le vent se lève. . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs.
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs ! »

 

Paul Valéry – Le Cimetière Marin

 

 

Pas si facile de parler de mer et de marins sans sombrer dans l’héroïsme simpliste (le marin serrant farouchement la barre au milieu des flots déchaînés, le réalisme larmoyant (fiancées et épouses en larmes sur la jetée à l’heure de l’appareillage, les sombres et inconsolables veuves…), la caricature sociale (le pêcheur frustre avalant son absinthe dans sa cale craquante et puante) ou le sentimentalisme niaiseux (les marins attirés au large comme des aimants pour une sorte d’accouplement mystico-nautique). Plus d’écueils et de courants traitres pour les auteurs qu’on n’en trouve qu’entre Ar-Men et Nividic. Assez curieusement cependant, il existe peu d’ouvrages qui tombent dans ces travers (ou peut-être disparaissent-ils d’eux-mêmes dans les limbes, un Enfer de la médiocrité ?).

 

Voici une sélection parfaitement subjective de quelques uns des ouvrages que j’aime à lire et relire pour leur justesse, leur retenue, leur humour et que je recommande sans réserve à tous ceux que l’univers marin intéresse.

 

Romans & Nouvelles

 

Récits

 

Ouvrages techniques

 

Poésie et chansons (en construction)

 

Romans & Nouvelles

 

 

C.S Forester  - Capitaine Hornblower (« Aspirant de Marine », « Lieutenant de Marine », « Maître à Bord », « Le Hostpur », « Capitaine de Vaisseau », etc…)

 

A l’âge d’or de la marine de guerre à voile (fin du XVIIIème siècle, la période de St Vincent, Trafalgar, Aboukir, …), la carrière d’un officier anglais possédant bien des traits de Nelson, à commencer par le prénom du célèbre Contre-amiral et gravissant un à un, aventure après aventure, les échelons de la prestigieuse Royal Navy, du grade d’aspirant à celui d’amiral. Un héros aussi populaire chez les Anglais que d’Artagnan chez nous.  On rapporte à ce sujet que l’amiral d’une flotte anglaise en situation délicate pendant la dernière guerre, réunissant son état-major leur demanda « Messieurs, qu’aurait fait Hornblower à notre place ? ».

 

Cette popularité se justifie amplement par l’écriture fluide, la précision documentaire des descriptions nautiques, les péripéties palpitantes, et l’on embarque sans hésitation avec Horatio pour de longues croisières pleines de panache, d’astuces et de fureur.

 

 

P. O’ Brian . Les aventures de Jack Aubrey (« La Surprise », « L’île de la trahison », « De l’autre côté du Monde », « Une mer lie de vin »,  etc…)

 

Proche dans son principe et sa toile de fond de l’épopée Hornblower, aussi passionnant et érudit sur un plan naval et historique, cette série de 20 romans s’en distingue par un texte plus littéraire, souvent élégant (excellentes traductions, supervisées par l’auteur, irlandais mais francophone averti), des personnages secondaires plus épais – à commencer par l’ineffable docteur-naturaliste-espion Maturin et ses amours contrariées pour la fantasque Diana, des intrigues secondaires à foison et une touche d’humour supplémentaire.  A noter que le film Masters & Commanders avec Russel Crowes emprunte son scénario à plusieurs des opus de la série.

 

Tout bonnement indispensable à bord.

 

 

Alexander Kent – « Capitaine Bulitho »

 

Une autre variation classique sur le même thème. Moins réussi, à mon avis, que les deux précédentes (eau de mer virant parfois à l’eau de rose, franches invraisemblances …) , mais qui se laisse néanmoins lire sans effort.

 

 

Charles Nordhoff et James Norman Hall - " Les révoltés de la Bounty ", " Dix-neuf hommes contre la mer ", " Pitcairn "

 

Une relation romancée, mais fondée sur une enquête historique approfondie, de la plus célèbre mutinerie de la marine à voile survenue en 1789. Ce cycle de trois romans réussit le tour de force de maintenir une certaine neutralité vis-à-vis des principaux protagonistes, contrairement à la plupart des films tirés de cet incident qui vilipendent la tyrannie de Bligh et campent Fletcher Christian en victime romantique de l’injustice institutionnelle – faisant bon marché de l’extraordinaire énergie et sens marin du premier et de la faiblesse de caractère du second, qui lui vaudra d’ailleurs une fin misérable.

 

Captivant autant sur le plan psychologique que marin. 

 

 

Jean-François Deniau – « La mer est ronde »

 

L’œuvre la plus populaire de l’écrivain-ministre-académicien-aventurier. Malgré les nombreuses anecdotes et quelques morceaux de bravoure (le pastiche de journal de bord, franchement hilarant), j’avoue pourtant être resté quelque peu sur ma faim. Un témoignage de première main néanmoins, écrit avec alacrité, sur les (grandes) joies et les (petites) misères de la grande croisière. 

 

 

Henri Queffelec – « Les Romans des Iles », « Histoires de Marin », etc…

 

Peut-être notre plus grand écrivain de la mer, en tous cas celui que je préfère entre tous. S’il ne fut jamais marin, ce Breton profondément imprégné de sa terre natale n’eut de cesse d’en célébrer les mœurs et les traditions avec une force et une simplicité admirables au long de ses récits et romans, généralement inspirés de faits et personnages réels. Les liens complexes entre la mer et ceux qui en vivent, les règles dérogatoires que la nature, souvent violente, impose aux îles (le cas des épaves par exemple, qui fut longtemps source de tensions avec  le continent après l’édit de Colbert interdisant le ramassage des débris, et pourtant source inestimable d’énergie pour des insulaires dépourvus de tout arbre), l’amour comme condition de survie collective, la place centrale de la religion forment la toile de fond d’intrigues épurées et subtiles. On retrouve chez Queffelec le même souffle que chez Giono, un lyrisme âpre et  un humanisme dépouillé.

 

Beaucoup de chefs d’œuvre et d’œuvres marquantes : « Un recteur de l’Ile de Sein », « Un royaume sous la mer », « Un homme d’Ouessant », « Tempête sur Douarnenez », « Frères de la Brume », « Solitudes », « Les Iles de la Miséricorde », « La mouette et la Croix », etc …

 

 

Joseph Conrad – « Jeunesse », « Typhon », « Lord Jim », « Le Nègre du Narcisse », « Fortune »

 

On ne présente pas Conrad, l’un des grands maîtres de la littérature maritime anglo-saxonne. Contrairement à Queffelec, Conrad fut effectivement marin et même capitaine au long cours dans la marine marchande britannique (ce qui n’est pas rien pour un immigrant polonais arrivé sans le sou), mais jamais il ne s’embarrasse de détails techniques. Il cherche d’abord ce que la mer change en l’homme, la façon dont elle le travaille, le façonne, le grandit (comme le lieutenant de Typhon) et, parfois, le détruit moralement (comme Lord Jim). Ce sont des romans ou nouvelles aux antipodes du sensationnalisme événementiel (même les trombes de « Typhon » sont plus métaphysiques que spectaculaires) qui nécessitent une certaine intériorisation, et donc d’être goutés avec des respirations. Idéal pour les jours de pétole où le temps s’arrête sous le ciel blanc.

 

 

Hervé Hamon - Besoin de Mer

 

Un de mes bouquins fétiches, une de ceux que j’aurais aimé écrire. Une longue échappée méditative, ni roman, ni récit, ni documentaire, une flânerie discursive sans but autre que de faire partager une expérience au sens plein du terme. Le titre seul traduit, bien mieux que le concept « d’amour » (impropre pour une relation nécessairement unilatérale), ce qui attire dans la mer : non l’admiration, non l’affection, mais un vide physique, une crispation intérieure qui ne se comble qu’avec « l’air immense qui ouvre et referme mon livre » du Cimetière Marin.

 

Hervé Hamon réussit là où peut-être JF Deniau rate en partie sa cible : communiquer la complexité de sensations extrêmement intimes, par touches légères, sans jamais perdre son lecteur dans des considérations rébarbatives, inutilement philosophiques (bien que l’auteur soit philosophe), chauvinistes (bien qu’il soit passionnément breton) ou abstraites. Une formidable réussite.

 

 

Jacques Sternberg - Sophie, la mer et la nuit

 

Sternberg (disparu récemment à l'âge de 83 ans), écrivain maudit et prodigieux,  fou de mer, de femmes, d'écriture, d'humour noir, amateur d'excès en tous genre, créateur de délires, pourfendeur infatigable du matérialisme et du conformisme, est l'un de ceux à mes yeux qui a su le mieux retranscrire la vérité de l'expérience maritime qu'il vivait à travers de longues échappées sur son minuscule Zef. Ce marginal littéraire ne semblait capable de vivre que dans un monde qu'il aurait façonné. Il fait penser à un passage de St Exupery dans Vol de Nuit :  "Pareils à ces voleurs des villes fabuleuses, murés dans la chambre aux trésors dont ils ne sauront  plus sortir. Parmi des pierreries glacées,  ils errent,  infiniment riches, mais condamnés". Dans son univers incendiaire, on trouve bien des scories de la démesure : verbiages, logorrhées, fulgurances à bon marché ... mais aussi des pépites étincelantes qui payent avec usure la peine prise pour les trouver. Seigneur, quelle plume !

 

 

Jack London – La Croisière du Snark, Les mutinés de l’Elseneur

 

Difficile de passer l’œuvre abondante de l’ami Jack par pertes et profit quand il s’agit de constituer une bibliothèque maritime de bonne tenue. Car cet aventurier à qui aucune expérience humaine n’était étrangère, navigua souvent, que ce soit à son propre bord ou sur les grands voiliers qui vivaient alors leur crépuscule.

 

La « croisière du Snark » est un bijou d’auto-dérision où London met en scène ses débuts difficiles de yachtmen en compagnie de sa jeune femme. A savourer les soirs de déprime.

 

 

Rudyard Kipling – Capitaines courageux

 

Un classique sur la vie difficile des Terre-Neuvas, un peu plus sobre que le « Pêcheurs d’Islande » de P. Loti. Une bonne introduction à la « Grande Pêche », mais allez à Fécamp, à Paimpol et visitez leurs musées, vous en apprendrez beaucoup plus sur les pratiques et les dangers de cette pêche sur les hauts fonds où la survenue brutale de la brume condamnait parfois les malheureux qui se faisaient surprendre loin de leur navire à errer jusqu'à la mort.

 

 

René Guillot – L'étranger du port 

 

Le premier "livre de mer" que j'ai lu, à 7 ans... et que je n'ai jamais oublié, l'histoire d'une amitié entre un jeune pêcheur et un marginal bourlingueur, par l'auteur de "Croc-Blanc". Un très beau livre de jeunesse.

 

 

Récits

 

Raymond Rallier du Bati – « Aventures aux Kerguelen »

 

La relation du voyage étonnant dans l’Ile de la Désolation du jeune Raymond Rallier du Bati et de ses compagnons au début du 20ème siècle, à bord d’un voilier de 20m, le « JB Charcot » (Rallier ayant fait partie de l’équipage du Pourquoi Pas et gardant une dévotion touchante pour le célèbre savant-explorateur arctique). Dans un des pires endroits de la planète, au beau milieu des 50èmes hurlants, et sans aucune expérience préalable, Rallier et ses compagnons se lancent dans une activité de production d’huile de phoque.

 

Cet ouvrage écrit en anglais en 1910 (aucun éditeur français ne s’étant montré intéressé !) n’a été traduit que récemment en … français (de très bonne facture au demeurant) à l’initiative de l’un des « Damiens », J. Poncet, lui-même fin connaisseur du Grand Sud.  Un remarquable récit à ne manquer sous aucun prétexte.

 

 

S. Leys – « Le naufrage du Batavia », « Prosper »

 

En 1629, le Batavia, lourd navire de la Compagnie des Indes néerlandaises en route pour Java s’échoue sur un récif corallien. C’est le début de la dislocation de toute autorité constituée, suivie d’une dérive hallucinante vers un régime proprement totalitaire sous la férule d’un psychopathe sanguinaire, ancien disciple du sulfureux et génial maître flamand Torrentius. Sur des ilots battus par les flots à des centaines de milles de toute vie humaine, des hommes, des femmes, des enfants seront assassinés froidement par leurs compagnons d’infortune sur un simple signe de lui, parfois sans aucun motif.  Incroyable et pourtant parfaitement authentique. A noter que Mike Dish en a fait une relation parait-il exhaustive (je ne l'ai pas encore lue) dans "l'Archipel des Hérétiques".

 

« Prosper » relate un épisode de jeunesse de l’auteur, une « marée » sur un thonier d’Etel, alors que le règne des dundees, ces magnifiques voiliers, tire à sa fin. Un témoignage brut et attachant sur une époque révolue.

 

 

Alain Bombard – « Naufragé volontaire »

 

En 1954, un jeune médecin embarque sur un petit canot de caoutchouc sans eau ni vivre, dans les conditions exactes d’un naufragé. Son objectif : prouver qu’avec un matériel très simple et quelques principes (en particulier l’utilisation judicieuse du poisson comme double réserve d’eau douce et de nourriture) il est possible de survivre durablement en mer. Car ce qui nous paraît aujourd’hui une évidence (en bonne partie grâce à lui) ne l’est pas encore et nombre de professionnels estiment alors impossible (et même vaguement sacrilège) de survivre une fois leur navire par le fond. 90 jours plus tard, très affaibli, mais victorieux, Alain Bombard débarque sur l’Ile de la Barbade en ayant franchi la plus grande partie de l’Atlantique. 

 

En démontrant ainsi que le désespoir tue bien avant que les ressources vitales ne fassent véritablement défaut, il induit une révolution des mentalités qui débouche sur la refonte complète de la réglementation de sécurité maritime selon des principes d’équipement de survie toujours en vigueur. Même si l’aura de l’homme sera ternie par le drame d’Etel en 1959 (une exposition passionnante a récemment été consacrée à ce sujet dans ce petit port du Morbihan), les acquis de cette démonstration in situ ne seront jamais remis en cause. La traversée de l’Hérétique est une aventure humaine hors normes qu’il raconte avec simplicité et humour.

 

 

Georges Blond – « Histoire des Océans »

 

Georges Blond, historien prolifique, fait une infidélité à la seconde Guerre Mondiale (son champ de prédilection) et réalise un pot-pourri très distrayant des récits les plus extraordinaires ayant marqué les 5 océans de la planète. De l’Atlantide au Titanic en passant par l’épopée de la Bounty, de Magellan à Bishop, Slocum, Cook et les autres, 400 pages qui donnent la mesure des efforts et des épreuves inouïes surmontées par les êtres humains depuis les jours où ils ont décidé d’aller sur les mers. Bien sûr, les grincheux regretteront que le spectaculaire prenne le pas sur les études de fond. Les autres ne bouderont pas leur plaisir et je leur donne entièrement raison !

 

 

Robert de la Croix – « Récits Extraordinaires de la mer »

 

Robert de la Croix tient pour moi une place à part dans le cortège des auteurs. Enfant, je dévorais ses récits parus dans les Historias au parfum délicieusement moisi que mes grands-parents avaient accumulés dans la vieille maison familiale sur la Côte Basque. « Etrange », « fascinant », « incompréhensible » sont quelques-uns de ses termes de prédilection et la marque des aventures maritimes qu’il relate.  A lire au mouillage dans l’Iroise un soir de brouillard, en écoutant le cri plaintif des cornes de brume...

 

 

Bernard Moitessier – « Vagabond des mers du Sud », « Cap Horn à la voile », « La longue route », « Tamata et L’alliance »

 

Que des classiques. On aime ou on n’aime pas Moitessier - j’avoue pour ma part que l’idolâtrie qui l’entoure m’agace un peu - mais on ne peut que s’incliner devant la cohérence qu’il a su garder entre ses convictions et son existence. Et puis c’est un écrivain, un vrai, de ceux qui vont au-delà du récit, aussi palpitant fut-il pour faire partager un peu plus que les faits. « Vagabond des Mers du Sud », tonique et volontaire, est mon préféré, suivi de « Tamata » regard émouvant sur sa jeunesse et son parcours chargé d’utopie assumée. « La Longue Route », écrite pendant sa période hippie en Polynésie, est parfois un peu lassante dans son rejet un rien simpliste du monde moderne et de ses (indiscutables) tares.

 

Henri de Monfreid – Aventures de la Mer Rouge

 

L’autobiographie fascinante d’un authentique aventurier qui réussit à s’imposer dans le monde impitoyable des chasseurs de perle arables à la fin du XIXème siècle. Depuis mes 13 ans, je ne me lasse pas de lire encore et encore cette thérapie de choc contre les jours de grisaille.

 

 

Alain  Gerbault – Seul à travers l’Atlantique, L’évangile du Soleil

 

Alain Gerbault est un personnage singulier dans la lignée des navigateurs solitaires. Par son origine sociale, en premier lieu. C’est un dandy, joueur de tennis et de bridge de première force, habitué du Savoy Club et de ses belles élégantes, ingénieur et ancien aviateur de la Grande Guerre. Ce cv tranche avec celui des premiers oiseaux du large, souvent issus du monde maritime et a toujours suscité une certaine défiance. D’autant que Gerbault ne pêche pas par excès d’humilité, bien qu’il  se targue dans ses livres, non sans affectation, d’être devenu un vrai « matelot ». Sa vision très romantique de la mer, nourrie des récits de Kipling ou London, et une indépendance d’esprit farouche lui valent sarcasmes et hostilité. Jean-Yves le Toumelin par exemple, qu’on ne peut pourtant taxer de malveillance, tout en manifestant du respect pour son parcours nautique, a à son endroit des lignes assez dures. Il se fait en cela l’écho de bien des marins, agacés par le penchant de Gerbault pour les épisodes héroïques où il se met en scène bravant des difficultés qu’il n’aurait sans doute pas connues s’il avait fait preuve de davantage de considération pour les connaissances et l’expérience accumulée par ses prédécesseurs. Quand ce ne sont pas des exagérations manifestes qui frisent le ridicule.

 

Quoiqu’il en soit, Gerbault réussit de belles choses sur l’eau, comme la première transatlantique Est-Ouest en solitaire en 1923 sur un cotre de 12 m, le Firecrest, qu’il relate dans un ouvrage et qui lui vaudra la notoriété. Il reprendra la mer trois ans plus tard et naviguera encore de nombreuses années, en particulier en Polynésie, mais finira par sombrer dans une sorte de neurasthénie et disparaîtra dans un quasi-anonymat en 1941.

 

 

J.Y. le Toumelin - « Kurun autour du monde »

 

Jean-Yves le Toumelin est un marin-pêcheur du Croisic, au caractère bien trempé, qui décide un jour d’aller voir au-delà de l’horizon à une époque (fin des années 40) où ce type de navigation est encore exceptionnel. Il fait construire, sur les plans traditionnels des thoniers de l’époque, un solide navire, Kurun, avec lequel il accomplit en deux ans un sans-faute, en partie en solitaire. A noter que ce voilier mythique est toujours dans l’une des « chambres » du Croisic et il n’est pas rare de le croiser au large comme l’auteur de ces lignes en a eu l’occasion à plusieurs reprises.

 

 

G.Janichon, J.Poncelet – « Le tour du monde du Damien »

 

A la fin des années 1960, trois jeunes gens (dont un abandonnera assez vite), dépourvus de véritable expérience maritime, mettent à la voile de la Rochelle, cap sur l’horizon, sur un voilier de 10 m acheté au terme de 5 années d’économies drastiques, le Damien.  Du Spitzberg à l’Amazonie, des canaux de Patagonie à la Polynésie, ils donnent corps à leurs rêves et réalisent un périple prodigieux. Une des incontournables de la grande croisière.

 

  

Nick Ward – « Seul face à l'ouragan »

 

La fameuse tempête du Fastnet 1979 vue depuis le pont d'un 30 pieds, Grimalkin. Ce solide Nicholson, plan Ron Holland (auteur également du Rush), mené par un équipage compétent et enthousiaste, sera le théâtre d'une tragédie dans la tragédie.  Après un début de course prometteur, l'équipage assiste au déchaînement des éléments dans la nuit du 13 au 14 août. La violence des lames hautes et croisées (qui sera la caractéristique marquante de cette tempête comme l'attesteront tous les témoignages, y compris ceux de grands navires) et du vent finit par avoir raison de toutes les tactiques de défense. Après de nombreux chavirages et la disparition du skipper qui part à la dérive dans la mer d'Irlande, trois équipiers, choqués, décident de monter à bord du radeau de sauvetage, laissant pour morts deux de leurs compagnons, dont Nick Ward, l'auteur de ce récit. Resté sur le voilier démâté et sauvagement malmené par une mer chaotique, ce jeune homme déjà rescapé des années auparavant d'un grave AVC, entame un véritable calvaire. Son compagnon d'infortune, Gerry, épuisé, agonise et finit par mourir dans ses bras. Longtemps silencieux, Nick Ward a fini par se décider à  livrer sa version de ces heures terrifiantes. Il se contente de relater des faits brut, tels qu'il les a vécus et ressentis, et cela suffit à donner une force écrasante à son récit. Un témoignage vraiment impressionnant, à méditer par tous ceux qui s'aventurent en mer sur des voiliers de plaisance.

 

 

Deborah Scaling Kinley – «  Albatros - La croisière de la peur»

 

Ce titre un peu racoleur cache là encore un récit plein d'enseignements d'une fortune de mer. Au début des années 80, Deborah, jeune femme un peu paumée mais amoureuse des bateaux, accepte de rejoindre l'équipage d'un voilier de 22m, Trashman, pour un convoyage de quelques centaines de milles vers la Floride. Malheureusement, une fois dans les eaux du Gulf Stream (réputé pour la mer particulièrement dangereuse qu'il engendre par mauvais temps) les prévisions météo optimistes sont déjouées, le vent monte rapidement et bientôt le navire se retrouve dans un véritable maelstrom liquide où, malgré sa taille respectable, il est durement mis à l'épreuve. Après quelques heures, les larges hublots de bordé finissent par céder sous la pression monstrueuse des déferlantes, le voilier se remplit rapidement d'eau et doit être évacué en catastrophe. Commence alors une dérive hallucinée des trois hommes et deux femmes sur l'annexe transformée en radeau de sauvetage où, au fil des heures puis des jours, confronté à la faim, la soif, au froid, aux attaques de requins, l'esprit de solidarité va se déliter progressivement avec des conséquences dramatiques.

 

Sans doute moins intéressant que le livre de Nick Ward sur le plan strictement nautique, "Albatros" vaut d'abord pour la manière dont il met en exergue, souvent cruellement pour notre orgueil d'être humain, la fragilité de nos réflexes "civilisés" face à nos instincts dans des conditions de survie.

 

 

Ouvrages techniques

 

Cours des Glénan 

 

Remis régulièrement au goût du jour, ce pavé célébrissime rédigé par l’Ecole éponyme reste à ce jour la meilleure introduction à la plaisance dont il couvre l’ensemble des dimensions, même s’il reste, bien sûr moins précis et fouillé dans chacune d’entre elles que d’autres ouvrages spécialisés. A lire et à relire, on y trouve toujours quelque détail, quelque astuce ou conseil utile oublié au recoin d’une page. S’il fallait absolument décréter un ouvrage technique de référence en voile, ce serait celui-là. 

 

 

Alain Joly – Les tempêtes, les dépressions - Comment elles se forment, comment elles évoluent

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on a appris à prévoir efficacement les perturbations bien avant de comprendre exactement comment elles naissaient et se développaient. L'avènement des ordinateurs a permis de mettre au point des programmes simulant le comportement de l'atmosphère qui non seulement aident le prévisionniste à prévoir l'évolution des phénomènes au cours des prochaines heures et jours, mais aussi les chercheurs à étayer leurs théories de la dynamique météorologique globale. 

Ce long article - ou ce petit livre -, très dense mais remarquable de clarté et de pédagogie, vise à mettre à la portée du plus grand nombre l'état actuel de ces théories, la cyclogénèse et la frontogénèse. Résolument simplificateur sans déroger à la rigueur scientifique élémentaire, un spécialiste du Centre National de Recherche en Météorologie démonte un à un les ressorts physiques et thermodynamiques qui sous-tendent la formation des tempêtes aux latitudes tempérées (pour mémoire, la formation et de développement des dépressions et cyclones tropicaux relèvent de mécanismes totalement distincts). Même ainsi vulgarisé et dépouillé de toutes ses équations, ce sujet éminemment complexe exige quand même une bonne concentration du lecteur. La connaissance de quelques notions de base en thermodynamique et mécanique des corps, sans être indispensable stricto sensu, sera quand même d'un secours certain. Il n'en demeure pas moins qu'Alain Joly a réalisé là un travail formidable pour tous ceux que la météorologie intéresse et qu'il serait souhaitable d'actualiser (l'article date de 1992, avant une grande campagne de mesures en Atlantique Nord, FASTEX, en 1997/1998 et les recherches sur les tempêtes de 1999, qui ont contribué à affiner encore la théorie).

 

Le Vourc'h, Fons, Le Stum - Météorologie générale et maritime

 

Destiné aux futurs officiers de la Marine Nationale, ce cours rédigé sous la houlette de Météo France, a l'avantage d'offrir un bon équilibre entre théorie et applications pratiques. Les équations ne sont pas absentes de l'exposé, mais tout à fait accessibles à un lecteur d'un niveau en mathématiques fin de secondaire / premier cycle universitaire. L'avantage est de montrer qu'en partant de quelques lois fondamentales, on est capable de déduire simplement de très nombreux principes qui gouvernent l'évolution des paramètres météo : vent, pression, humidité, température, précipitations, nébulosité...  Par exemple l'origine de l'approximation géostrophique ou de l'équilibre hydrostatique et leurs conséquences (calcul du vent synoptique, loi de Laplace, calcul du vent thermique, etc...) deviennent limpides. L'utilisation des émanagrammes illustre également très clairement les modes de prévision des précipitations, brumes, etc... Une partie reprend sous un angle plus fouillé l'exposé d'Alain Joly évoqué précédemment sur les mécanismes de cyclogenèse enrichi cette fois ci d'une section importante consacrée à la météorologique tropicale. Mieux comprendre les soubassements théoriques permet d'aborder avec un regard neuf et affuté l'analyse pratique des cartes de surface et d'altitude, le repérage des situations à risque et l'adaptation du comportement en mer. De mon point de vue, ce livre complète idéalement les ouvrages de JY Bernot et R. Mayençon décrits ci-dessous, résolument tournés quant à eux vers la pratique.

 

JY Bernot – Météo et Stratégie 

 

Un ouvrage technique de premier brin sur une approche ô combien riche et passionnante de la météo par un praticien de haut niveau,  routeur de course au large réputé. La théorie n’est abordée que pour étayer les outils de prévision et d’alerte proposés. L’idée directrice est de donner des règles simples et applicables d’évolution des principaux phénomènes – dépressions, anticyclones, fronts, thalwegs, cyclones, … -avec des moyens accessibles à tous sur Internet ou en mer (cartes d’altitude et de surface, champs de vent, clichés satellitaires, cartes de température, configuration orographique locale, paramètres vent/pression/nébulosité locaux) pour affiner la prévision des organismes officiels et en garder une vision critique. Dans chaque configuration les options qui s'offrent au navigateur sont discutées selon une grille d'évaluation bénéfices / risques. Un de mes livres de chevet.

 

R. Mayençon – Météorologie Maritime

 

La leçon magistrale d’un maître es météo qui fut longtemps l'un des piliers des prévisions marines de Météo France. Tout y passe : fondamentaux thermodynamiques, mécanismes atmosphériques, structure des dépressions, règles d’évolution, interprétation des cartes, etc… le tout abondamment illustré de cas pratiques, en particulier sur les phénomènes dangereux tels que les cyclogenèses à évolution rapide, et tout particulièrement les dépressions à centre chaud dont R. Mayençon est un des meilleurs spécialistes et dont il mit au point la prévision dans les années 60 (et dont la théorie a été renouvelée depuis, cf. les ouvrages ci-dessous). Une immersion totale, remarquable de pédagogie.

 

M. Olivier - Vagnon de la Voile

 

Un bouquin original, totalement atypique, inclassable et déroutant que je déconseille nettement aux lecteurs qui n’ont pas déjà un bagage théorique et pratique minimal sur les différents domaines de la navigation. C’est l’antithèse du Cours des Glénan, garanti « 100% non pratique ». Ou plus exactement les informations pratiques sont le plus souvent noyées dans un magma de formules et de concepts à donner le vertige à l’ancien taupin que je suis. En revanche, silence radio ou presque sur les manœuvres. Vous qui souhaitez apprendre le principe de l’empannage sous spi à deux jeux d’écoutes ou comment prendre un ris en solitaire, passez votre chemin.

 

Alors, bon à jeter ? Eh bien non, car avec ses tares, ce bouquin recèle également une mine d’informations introuvables ailleurs sur à peu près tous les domaines qui intéressent le plaisancier curieux. Rien ou presque d’indispensable, certes, mais une excellente façon de revoir et d’approfondir ses connaissances. Le chapitre sur la sécurité est également extrêmement intéressant, bien que les mises en garde répétées du type « un voilier  sans sondeur est en danger » soient un peu lassantes et certaines recommandations désuètes à l’heure du GPS (une fois admis qu’il est souhaitable de redonder ce dernier par un modèle portable, une panne étant toujours possible – j’ai vu le cas). Mention spéciale pour la section sur la météo, très complète et qui éclaire bien les mécanismes fondamentaux du temps, même si la théorie des AMP (Anticyclones Mobiles Polaires) reprise ici ne fait pas consensus chez les spécialistes, loin s’en faut.

 

Au final un ouvrage réservé à un public plutôt « averti » mais passionnant pour qui souhaite naviguer (un peu) plus intelligent

 

B. Chéret – « Les Voiles, comprendre, régler, optimiser »

 

Un ouvrage de référence, par un des très grands maîtres voiliers – et un compétiteur international au palmarès particulièrement étoffé. Clair, pédagogique, il ne laisse guère de zone d’ombre sur les techniques de fabrication, les différentes découpes, les phénomènes aérodynamiques à l’œuvre et les innombrables subtilités des réglages du gréement et des voiles. Seul regret, que les techniques de réparation ne soient pas abordées.

 

 

A.Coles/P.Bruce – « Navigation par gros temps »

 

Egalement dans l’excellente collection FFV/Gallimard, le grand classique d’Adlard Coles, largement remis à jour, mais dont le principe pédagogique– faire partager les bonnes et malheureuses expériences de gros temps – n’a pas varié. Les contributions sur les différentes dimensions qui interviennent dans ces circonstances : architecture, état de la mer, santé, équipement, etc…, toujours concrètes, enrichissent et éclairent les récits de mer, très factuels.  Seule réserve, le chapitre météo, pas extrêmement clair (il est vrai que la matière se prête mal aux raccourcis).

 

S’il n’est hélas pas possible d’apprendre à affronter le mauvais temps sur papier, ce travail collectif remarquable de spécialistes, désormais mené de main de maître par Peter Bruce, donne les clés permettant de se préparer mentalement et matériellement à cette éventualité qui peut concerner tout plaisancier (et sur un 30 pieds, il n’est pas nécessaire d’attendre 65 nœuds de vent et 12 m de creux pour parler de « gros temps »).

 

E. Tabarly – « Guide de la manœuvre »

 

Le « Guide pratique de la manœuvre », une des rares œuvres purement techniques du grand marin, bénéficie de belles illustrations de Titouan Lamazou, son équipier de l'époque, futur vainqueur du Vendée Globe (devenu depuis artiste à plein temps, après avoir essuyé de sévères déboires financiers). On notera qu’il réserve une partie importante de cet ouvrage aux manœuvres de port, ce qui peut sembler assez étonnant pour cet emblème du grand large. Mais plusieurs réflexions dans ses « Mémoires du large » attestent qu’il mettait un point d’honneur à réussir parfaitement ses arrivées à quai et que les maladresses de ses équipiers dans cette phase l’agaçaient au plus haut point. Le reste du livre aborde point par point les différents aspects de la manœuvre d’un voilier de croisière, illustrés par son expérience des Pen Duick dont certains exemplaires (Pen Duick, Pen Duick II, Pen Duick V) n’étaient pas plus grands après tout qu’un croiseur actuel. Le tout dans un style limpide, très concret. Un excellent complément aux autres ouvrages consacrés à ce sujet.

 

Antoine – « Mettre à la voile avec Antoine »

 

L’expérience du pape de la « croisière cocotiers » (soit dit avec toute la jalousie que mérite cette vie de rêve) est énorme et ses conseils sont donc toujours bons à lire. Cet ouvrage vaut cependant surtout par son approche pluridisciplinaire, clair et synthétique car un lecteur un peu familier de la croisière au large y apprend finalement peu de choses.

 

 

 

 

 

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